mardi 11 octobre 2011

Juillet 2011 : Kumamoto et Fukuoka


Depuis la gare de Nagasaki, j'ai pris un train jusqu'à une petite gare dont je ne me rappelle plus le nom, avant d'arriver à Shimabara. Le voyage a pris environ 2h30, je crois. Durant le trajet, le vieil homme assis en face de moi a commencé assez rapidement à me parler. Je ne sais même plus ce qui a provoqué la discussion. Nous avons parlé de beaucoup de choses. Il emportait avec lui de petites revues locales de calligraphie, où étaient publiés les travaux des enfants de la région, qui s'étaient appliqué à tracer des kanji au propre. Il m'a dit aimer la calligraphie, et m'a vivement conseillé de m'entraîner à cet art. Il est allé jusqu'à m'offrir quatre exemplaires de ses revues, à moi l'étrangère qu'il ne connaissait même pas. Et puis nous avons parlé de mars dernier. De tout ce qui s'est passé. Il a hoché la tête d'un air compréhensif, avant de me révéler une extraordinaire vérité : en août 1945 ce vieil homme, qui n'avait alors que cinq ans, se trouvait devant sa maison de Nagasaki, reculée dans les montagnes, quand la bombe atomique est tombée sur la ville. Il a tout vu de ses yeux d'enfant. L'explosion, le feu, le chaos. Et il a survécu, car il se trouvait loin de l'épicentre.


Aujourd'hui, il participe régulièrement à des conférences, visite des écoles, s'en va à travers le pays parler de tout ça. Parler du désastre de la bombe nucléaire pour qu'on n'oublie pas. Il me montre un article de journal où on le voit en photo en train de parler à un groupe d'élèves d'une école des environs. Et puis il lui faut descendre  à une petite gare où, me dit-il, il a encore mille choses à faire avant de repartir encore par monts et par vaux. Il ramasse son sac, me souhaite bonne chance dans la vie, et disparaît sur le quai de la gare après un dernier salut. A bien des égards, ce fut une étonnante mais précieuse rencontre.
Shimabara est une petite ville coincée entre un ancien volcan et la baie de Kumamoto. On y prend un ferry qui rallie la ville de Kumamoto en 30 minutes.



De l'autre côté de la baie m'attendait le père d'une de mes amies qui étudie à Nagasaki, ainsi que sa grande soeur. La veille lors d'une conversation au téléphone avec son père, elle m'a tout à coup tendu son portable pour parler avec lui. Hébétée, je réponds à ses questions (en fait c'est un homme visiblement très intéressé par tout ce qui est étranger huhu) et lorsque je lui apprends que je n'ai pas encore réservé d'hôtel à Kumamoto, il me propose presque aussitôt de m'accueillir dans sa famille.
Et voilà comment après cette très gentille proposition, je me suis retrouvée dans leur voiture en route pour le centre de Kumamoto, discutant avec le papa de choses diverses et variées sur fond des Quatre Saisons de Vivaldi. Azusa, la grande soeur de mon amie, est autiste, et adore prendre des photos. De mon arrivée au terminal du ferry jusqu'à mon départ de Kumamoto, elle en prendra partout avec moi, tendant l'appareil à son père sans un mot et se plaçant à côté de moi immédiatement après. J'ai trouvé ça mignon hihi.
C'est une fin de soirée humide, après un après-midi chargé de pluie. Nous prenons le dîner chez la grand-mère paternelle, qui habite de l'autre côté de la haie. C'est en fait ici que j'élirai domicile pour deux nuits ; je n'entrerai jamais chez mon amie en réalité.
Le soir-même nous partons, le père, la grande soeur et moi, jeter un oeil au château de Kumamoto de nuit. Mis en valeur par d'énormes spots lumineux, il me paraît d'ores et déjà magnifique. Après quelques photos, nous rentrons car la journée du lendemain sera pour le moins chargée.



Le lendemain en effet, nous partons de bonne heure sur la route qui sillonne les collines et les anciens volcans endormis, parcourant des vallées plus vertes que vertes où s'agglutinent des villages et des rizières. Notre but : le fameux Mont Aso.
Il s'agit en réalité de l'une des plus grandes caldeiras du monde (la caldeira étant une dépression impressionnante, souvent de forme circulaire, due à une éruption volcanique qui fait office de "vidange" du volcan). La caldeira du Mont Aso fait tout de même 25 km de long sur 18 de large...c'est en fait un complexe volcanique assez étendu issu de l'éruption d'un énorme volcan d'origine. Plusieurs sommets sont toujours actifs, en particulier le Nakadake, le plus virulent, et aussi le plus visité des touristes. En février dernier, il est entré en éruption plusieurs fois, crachant ses vapeurs de soufre et ses nuées ardentes sur toute la province de Kumamoto. La cendre volcanique qui se disperse sur les toits, les routes et dans les égouts devient plus lourde avec la pluie et il est donc impossible de l'éliminer avec de l'eau. Il a fallu aux habitants des environs plusieurs mois pour s'en débarrasser...

C'est justement le Nakadake que nous venons voir. Le temps est clair, les conditions sont bonnes, nous pouvons monter en voiture jusqu'à un parking presque au sommet du cratère, qui donne sur une zone extrêmement aménagée pour les touristes. Un chemin longe le bord du cratère et conduit à de multiples abris en béton prévus en cas d'éruption. Le cratère, dont l'eau turquoise bouillonne sans interruption, lâche des vapeurs de soufre qui démontrent la grande forme du volcan lui-même. Des vendeurs proposent aux touristes des morceaux de soufre jaune fluo comme décoration ou pour des propriétés médicales, mais on m'a fait comprendre que ça ne passait pas à l'aéroport quand j'ai voulu en acheter, donc j'ai dû passer mon tour.






Après avoir traversé le "désert de cendres" jouxtant le cratère, on arrive au sommet d'une petite butte de laquelle le spectacle est des plus appréciables. La plaine s'étend à perte de vue, lointaine. A mes pieds, un parterre vert se prélasse sur la roche, traversé par un chemin qu'empruntent les courageux randonneurs qui monteraient ou descendraient ce flanc abrupte. Le vent qui souffle ici rend l'atmosphère si agréable qu'on ne peut qu'imaginer l'épreuve que ça va être de retrouver l'humidité de la plaine...





 Nous redescendons cependant le flanc du Nakadake puis traversons en voiture la somptueuse caldeira pour rejoindre un endroit saugrenu quoique potentiellement amusant ; la "Guernsey Farm". Comme son nom l'indique, et comme les Japonais sont forts à ce jeu-là, il s'agit d'une réplique de ferme de type anglais, avec un restaurant, un espace de vente des produits de la ferme, et des animaux de la ferme pour faire plus vrai que nature, le tout perdu à flanc de montagne quelque part à des heures de route de Kumamoto. Nous avons déjeuné d'un délicieux yakiniku (viande et légumes grillés sur une plaque partagée par tout le monde) dans le restaurant très calme car peu fréquenté les jours de semaine. Puis dégustation de glaces à l'italienne au bon lait des vaches de Guernesey élevées ici. Parmi les souvenirs à rapporter d'un tel endroit, on notera tous les produits laitiers possibles et imaginables, et les peluches de vaches.
Et puis dehors, tellement commun pour n'importe quel Français mais au Japon ça fait tout de suite "attraction", la petite ferme avec ses poneys, moutons et lapins.




Ce fut un moment sympathique, et je m'émerveille de la capacité des Japonais à reproduire à l'identique quelque chose qui ne fait pas du tout couleur locale, tout en l'intégrant comme si de rien n'était dans le paysage.

Après de nouvelles heures de route au son de Vivaldi (Azusa ayant compris que j'aimais bien, et adorant elle-même les Quatre Saisons, elle a d'autorité appuyé sur "repeat" dès que le dernier morceau s'achevait, pendant tout le voyage), le papa me fait découvrir un endroit vraiment magnifique. Nous voilà arrivés aux chutes de Harajiri, version de poche des chutes du Niagara. Le temps se prête à quelques jolis clichés, tandis que nous parcourons le petit chemin qui fait le tour de la chute, passant notamment sur un pont suspendu au dessus de la rivière.







Après que le papa nous ait acheté quelques boissons fraîches, nous reprenons la route pour rentrer à Kumamoto. 
Nous allons chercher la maman pour aller dîner dans un kaiten-zushi très sympa, où les commandes se font avec un iPad 2...! Dans la soirée, le papa propose de nous déposer, nous les trois filles, en centre-ville de Kumamoto pour une petite promenade nocturne. Nous arpentons de petites rues et d'immenses galeries marchandes qui aboutissent à l'avenue principale de Kumamoto, où se trouvent toutes les boutiques plutôt de luxe (Louis Vuitton notamment :P). L'ambiance de nuit était vraiment sympa, surtout que les arcades sont éclairées comme en plein jour ! Puis le papa revient nous chercher et c'est l'heure de rentrer tranquillement à la maison pour un repos bien mérité.







Le lendemain matin, après un copieux petit déjeuner pris avec les parents, je prépare mes affaires en avance pour mon prochain départ en milieu d'après-midi. Malheureusement Azusa est déjà partie à son école, mais elle a laissé un petit cadeau pour moi : une petite broche avec un petit hibou en tissu qu'elle a fabriqué elle-même. A l'heure où j'écris ces lignes, il trône fièrement sur mon bureau, c'est un cadeau précieux !
Pour profiter de cette dernière demi-journée à Kumamoto, le papa me dépose tout d'abord au célèbre Suizenji-kôen, un jardin traditionnel japonais initié en 1636 par un seigneur de la province. Je le visite seule cette fois-ci. Il n'est que 10h du matin mais la chaleur se fait déjà oppressante, et telle une parfaite Japonaise, je me promène avec mon ombrelle, cadeau d'une amie de Nagasaki. Je pense que malgré l'image peut-être saugrenue d'une Occidentale cachée sous une ombrelle au Japon (car on ne peut pas dire que l'instrument fasse légion chez nous...!), ce précieux objet m'a à coup sûr évité de monstrueux coups de soleil au visage. C'est donc bien abritée que j'ai pu admirer - et photographier, cela va de soit - les différents points d'eau où se prélassaient carpes et canards, les pelouses rases plantées de petits pins, et les rochers dressés ça et là, suivant un schéma pourtant précis, au milieu de l'étang principal, bref, tout ce qui donne tout son raffinement à un jardin japonais.





 La seule chose qui sortait de l'ordinaire, et qui fait la notoriété de ce parc, est la réplique en miniature du Mont Fuji, à savoir une butte couverte de pelouse qui reprend la forme du volcan sacré. Car le Suizenji-Kôen n'est pas seulement un banal jardin, il tente de reproduire des paysages japonais prisés à l'époque et rassemblés, en miniature, dans un seul et même espace. La brochure remise à l'entrée m'a permis de connaître le nom des paysages recréés, cependant il faut avouer qu'il s'agissait souvent d'endroits célèbres à l'époque mais que je ne saurais localiser moi-même !







Le papa revient me chercher après ma visite, et nous partons nous promener un peu dans les rues près des arcades commerciales vues la veille au soir, avant que je le suive dans un restaurant de ramen qu'il m'assure être très bon. Nous déjeunons là, tranquillement, d'un énorme bol de nouilles, dans un espace climatisé qui rendra comme toujours toute sortie éprouvante. A Kumamoto plus qu'ailleurs, l'humidité m'a été très pénible, il faut le dire.
Nous repartons à l'assaut du dernier bastion avant mon départ imminent : le château de Kumamoto. Ce bijou d'architecture japonaise a été très fortement endommagé lors d'un incendie en 1877. A l'origine, le château était un vaste complexe de tourelles de défense entourant le "palais" réservé au seigneur. Le célèbre donjon restauré du château que l'on peut voir aujourd'hui date de 1960. La structure de cette partie imposante est donc tout en béton, mais des efforts ont été fait pour garder l'aspect authentique du monument. Contrairement au château d'Osaka, ça passe beaucoup mieux. 
Avec le papa, qui prend décidément plaisir à me montrer les trésors de sa ville, nous explorons une annexe du palais très joliment restaurée, puis la cour du château où un homme portant un costume de samurai figure l'ancien et illustre maître des lieux, Kato Kiyomasa. Nous grimpons ensuite dans le donjon, qui est aujourd'hui un intéressant musée rempli d'objets et de manuscrits qui nous permettent de mieux imaginer la vie de l'époque. Depuis la dernière salle, tout en haut, on a une belle vue sur Kumamoto.



















Et après un dernier tour dans les magasins de souvenirs en contre-bas, et après avoir refusé au moins dix mille fois que le papa m'achète quelque chose (il avait déjà tant dépensé pour moi (><) ), nos chemins se séparent ici. Il va prendre un bus pour rentrer chez lui, et moi, eh bien, je vais tenter de me promener dans les environs avant de me diriger vers la gare en tramway. J'ai cependant récupéré tous mes bagages, et il fait si lourd que j'abandonne bien vite après un tout petit tour du secteur. Je m'embarque en tram jusqu'aux abords de la gare, et après avoir un petit tour près de la rivière qui traverse la ville, je me décide enfin à aller acheter un billet de train. 








Je réussis à en prendre un pour un train qui part dans les deux minutes qui suivent, ce qui m'a valu un petit sprint pour être sûre de l'avoir. Pendant 2h30 et avec un petit changement dans une gare de campagne, le train remontera tout au nord de l'île de Kyushu, traversant la verte campagne et les innombrables collines qui font selon moi de cette île une partie très singulière du Japon. Ile que je m'apprête à quitter d'ailleurs, hélas, alors que j'aurais voulu y voir encore tant de choses.
Mais avant, le train me dépose tranquillement à Fukuoka, la ville par laquelle je suis arrivée pour la première fois à Kyushu, et donc celle par laquelle je la quitterai. Il est à peine 17h, et j'ai un bus à 23h pour rallier Hiroshima dans la nuit. Je me procure un plan de la ville à l'office de tourisme, dépose mon sac à dos dans une consigne à la gare routière repérée en avance, et c'est parti. 


  
Il pluviotte sur Fukuoka, et il me faut sortir mon parapluie. J'arpente une longue avenue qui doit me mener à des endroits intéressants. Je savais qu'à ce moment-là se tenait un grand festival traditionnel à Fukuoka, le  Hakata Gion Yamagasa. Ce festival se tient sur plusieurs jours, durant lesquels se déroulent diverses manifestations, mais le clou du spectacle réside dans les courses de "chars", les yamagasa. Quatre équipes sont constituées, chacune représentant un quartier du centre de Fukuoka. Ces hommes ont pour but de transporter aux quatre coins de la ville, en courant, et en se relayant, des chars amovibles en bois surmontés de décorations, le plus souvent composées de personnages issus d'histoires traditionnelles. Ces chars pèsent des centaines de kilos, c'est donc une épreuve de courage et d'endurance que de participer à ce festival ! Le but étant que ce soit sa propre équipe qui témoigne de la meilleure endurance et gagne le "concours". 
La dame à l'office de tourisme m'avait hélas dit que les festivités du jour étaient déjà terminées, mais en entrant dans une arcade commerciale j'ai eu la chance de voir des hommes vêtus de happi, qui arrivaient avec leur chargement imposant. Ils ont commencé à l'installer sur des tréteaux solides, au beau milieu de la galerie, avant de tous partir se reposer sous une tente prévue à cet effet, où des femmes leur préparaient des rafraîchissements et de quoi se restaurer. Ils étaient exténués, trempés de sueur et de pluie, mais souriants.












Il a commencé à tomber des trombes d'eau dehors, alors je me suis promenée dans la galerie, admirant au passage les autres yamagasa disposés tout le long après la fin des épreuves du jour. Après un passage rapide vers la scène où tout commence, au sein du sanctuaire Kushida, je me dirige ensuite un peu plus loin, vers le centre commercial très connu appelé "Canal City". C'est un endroit à l'architecture très original, et à l'ambiance assez unique, malgré le temps maussade auquel j'ai eu droit. Comme c'est avant tout un centre commercial où l'on trouve absolument de tout, j'ai flâné dans quelques magasins et me suis acheté un chouette sac pas cher à Comme ça du Mode (depuis le temps que le nom de cette marque me faisait rire, maintenant j'ai un sac avec ça écrit dessus sur l'étiquette, en tout petit. Huhu).






Depuis Canal City, on a accès directement à la rivière, la Nakagawa. Je commence à me promener le long du canal, tranquillement. Le jour décline très doucement, les couleurs, l'ambiance se métamorphosent petit à petit. 



Je regarde ma montre, puis ma carte de Fukuoka. Je veux voir la mer, et la mer se trouve tout au bout de la rivière, là où commence la zone portuaire. J'hésite, car si je m'éloigne tant à pied, vais-je pouvoir refaire le chemin inverse à temps pour prendre mon bus ? Et puis le challenge l'emporte, me voilà partie pour une longue marche le long de la rivière, à travers le quartier de Nakasu, le coeur dynamique de la ville. Et je passe sous le pont de l'autoroute, je longe les pêcheurs de tous âges installés en cette fin de journée, et j'arrive au bout, face à la mer. 



A ma gauche, un énorme porte-conteneurs est amarré, et d'autres croisent au loin. Les voitures qui n'en finissent pas de passer sur le pont de l'autoroute font bien un peu de bruit, mais à part cela, tout est calme. Le soleil s'enfuit définitivement à l'horizon. Le clapotis de l'eau se fait berceuse, et je reste quelques instants accoudée à la barrière. Un vent plus frais se lève, et je reprends ma route en sens inverse.
Il fait nuit, les néons des immeubles alentours se reflètent dans l'eau noire de la Nakagawa. Les yatai, ces petits stands de nourriture où l'on s'installe sur un tabouret au comptoir et on l'on festoie de plats simples en discutant avec ses compagnons, sont ouverts et déjà remplis le long du chemin. J'avais l'idée d'y manger au début, mais seule,  parmi des collègues de bureau qui blaguent entre eux, ça perd de son charme. Une autre fois.



Je constate que la réputation de Nakasu d'être "le quartier de tous les plaisirs" se vérifie. Non seulement les pachinko sont légion, mais les love hotel aussi. Ils se reconnaissent rien qu'à leur nom et leurs néons roses. Fukuoka de nuit est rayonnante de lumière, partout, c'est joli. Je quitte les abords de la rivière et reprend mon chemin sur l'avenue qui mène à la gare. Je m'arrête à un conbini pour acheter quelques sandwiches et de quoi grignoter pour le bus. J'arrive devant la gare, sur la place joliment éclairée de nuit. lI est 21h30. 




Aucun banc ou siège libre, je mastique mes sandwiches debout, près d'un arrêt de bus où les gens font docilement la queue. N'ayant rien d'autre à faire, je rejoins la gare routière juste à côté, récupère mon sac et attends le bus qui finira par arriver, pile à l'heure. La journée a été fatigante, et je ne tarde pas à fermer les yeux. Le bus m'emporte loin de Kyushu. Le lendemain sera solennel.

Prochain épisode : Hiroshima et Miyajima.

vendredi 23 septembre 2011

Juillet 2011 : Kansai, Nagasaki.



Allez c'est parti pour un petit retour en arrière.

Le 1er juillet, à 16h, je salue plus longtemps que de coutume mes collègues ; ça y est, l'heure H est arrivée, j'ai définitivement fini de travailler à la boulangerie. La petite routine "maison-boulangerie-maison", pourtant si bien installée, est officiellement terminée.

Certes, je participerai encore le 3 juillet à la pré-ouverture (si si, ça se fait xD) du nouveau magasin, flambant neuf, à Kamakura. J'y ai aidé en disant "Irrashaimase, bienvenue" à la porte et en donnant des paquets souvenirs aux clients qui avaient eu la bonté d'âme de passer par là. Il paraît que ça donne vraiment une bonne image à l'enseigne....moi je veux bien tout, si ça peut servir...lol


Et trois jours plus tard valises bouclées, départ pour le Kansai en bus de nuit pour rejoindre le chéri dans sa verte campagne. Quel plaisir de se retrouver après deux mois ! Je ne reste cependant que trois jours car je pars ensuite à Nagasaki. Mais on a quand même pris le temps d'aller visiter l'aquarium d'Osaka, dont je n'avais entendu que du bien, et qui est réellement un chouette endroit à voir (mais j'y suis allée trois semaines avant l'arrivée de la petite femelle requin-baleine qui était attendue comme la nouvelle mascotte, tristesse T_T).

Le bassin principal, symbolisant l'océan Pacifique, et où se prélasse un requin-baleine suivi d'une myriade de poissons divers, est impressionnant.

Il y avait aussi entre autres un bélouga un peu tristoune dans son bassin sans rien, des otaries dont une franchement hargneuses, et des marsouins trop choupis, et à la fin une sorte de partie temporaire de l'aquarium qui change dans l'année, avec pour thème les "poissons mignons". Tout plein de petits poissons aux têtes marrantes, et en prime on pouvait caresser des petits requins (c'est pas du grand blanc, je vous rassure XD) et des raies dans un bassin !


Après ces trois jours de repos avec la famille du chéri, je suis partie en bus de nuit de Himeji jusqu'à Fukuoka, passant pour la première fois de l'île de Honshu à celle de Kyushu, au sud de l'archipel. J'adore le bus de nuit au Japon, vraiment. C'est bien organisé, ponctuel (voire même en avance pour l'arrivée...) et pas un bruit dans le bus, on est tranquille ! Je suis arrivée à Fukuoka sur les coups de 6h du matin, et je prenais un bus pour Nagasaki dans la foulée. J'étais tellement crevée que j'ai dormi durant pratiquement tout le trajet. Vers 11h, enfin, je suis arrivée à Nagasaki. J'étais toute excitée à l'idée d'être là, tout au sud du Japon, terre inconnue et prometteuse de chouettes découvertes.


J'ai attendu une amie japonaise qui avait la gentillesse de m'accueillir pendant les trois jours à passer dans cette ville. Nous avons commencé par prendre le tramway, une institution dans cette ville ! Elle m'a emmené voir les incontournables : on est allé se promener du côté de l'église Oura, bâtie par un prêtre français, et du Glover Garden, un parc fleuri très joli où ont été rassemblées toutes les maisons de style occidental construites à Nagasaki par les étrangers venus s'installer là.
C'est là qu'on comprend la particularité de cette ville : Nagasaki n'est pas entièrement le Japon. C'est aussi un mélange de Chine et d'Europe posé là sur quelques collines, dans une petite baie tranquille aux confins de l'archipel. Ca n'a pas été le premier port japonais ouvert au monde pour rien, ça se voit.


D'ailleurs, après cette promenade sous une chaleur assez étouffante, nous sommes allées manger dans une grande cantine vide tout près, un "toruko rice", spécialité de Nagasaki. Ce plat très consistant est généralement composé de riz au curry, d'une petite portion de spaghetti, de salade et de tonkatsu (porc frit). Nous on a eu une version avec du riz cantonais, je préfère =D. Cette diversité symbolise en quelque sorte la diversité des cultures qu'on peut trouver à Nagasaki. 

Une fois l'estomac bien rempli, nous sommes allées nous promener du côté du temple de Confucius, régi par la République populaire de Chine attention. Un vrai carré de Chine au Japon. Il s'agit d'un très beau temple de style typiquement chinois dédié, on s'en doute, au grand maître spirituel qu'est Lao Zi, alias Confucius. Attenant au temple, un petit musée présentant des collections temporaires tout droit venues de Chine.

Fatiguées par la chaleur, nous sommes allées du côté du Megane-bashi, le pont "à lunettes" le plus célèbre de la ville, et l'endroit était si agréable qu'on est restées presque une heure assises sur un banc à discuter. 

A une dizaine de minutes de marche tranquille, nous nous sommes retirées dans le calme du secteur où se rassemblent une dizaine de temples bouddhistes, au pied d'une colline. Il était plus de 17h, heure où les temples bouddhistes sont généralement fermés. Quand nous sommes arrivées devant le célèbre temple Sofukuji, au style architectural rare même en Chine, rien n'indiquait qu'il était fermé, sauf les guichets où était indiqué le prix de la visite en japonais. Alors oui, j'avoue, nous sommes quand même entrées, préparant le prétexte de n'avoir pas compris que le temple était fermé au cas où nous rencontrions quelqu'un. Nous n'avons croisé personne, et avons profité du temple, sous la douce lumière du soleil déclinant, sans touriste. C'était une fraude magnifique.

Après un passage rapide par chez mon amie pour se laver et se changer, on prend le bus pour se rendre au fin fond de Nagasaki dans un kaiten-zushi, où je retrouve des amis venus étudier dans ma ville l'année précédente. Nous festoyons de délicieux sushis, et l'un d'entre nous suggère qu'on aille faire des feux d'artifice quelque part. Nous allons donc jusqu'à un supermarché qui en vend, et en profitons pour faire une razzia sur les glaces. Il n'y a plus de bus pour retourner plus près du centre-ville ou d'une place, alors on part dans le coin en quête d'un parc. Nous en trouvons un minuscule, coincé entre des résidences et de grands immeubles. Je reste éberluée qu'au Japon on puisse faire des feux d'artifice (pas si bruyants, certes) dans des zones résidentielles comme ça, si naturellement, mais bon c'est une institution chez eux, ça passe. Pas chez nous par contre... 
Et on a passé la soirée à tenter d'écrire des mots et des symboles dans l'air avec nos feux allumés, et ça rendait trop bien d'ailleurs, on a bien rigolé.


Le lendemain, réveil tranquille pour aller faire un tour du côté du parc du Mémorial de la Paix, de la zone de l'épicentre de la Bombe A et de la cathédrale Urakami. Chacun de ces lieux est évidemment lié à la partie la plus douloureuse de l'histoire de Nagasaki : le 9 août 1945, est-il besoin de le rappeler, la deuxième bombe atomique explose sur la ville, à une centaine de mètres de la cathédrale Urakami, complètement soufflée par l'explosion. On a entrepris de conserver un mémorial à l'endroit exact de l'épicentre, et le parc dédié à la Paix situé tout près évoque bien sûr le souhait que la menace de l'arme nucléaire soit neutralisée. C'est chargé de souvenirs, de moments durs. Pas autant qu'à Hiroshima, mais c'en était les prémices.

On note que la cathédrale reconstruite reprend la forme de l'ancienne, qui était magnifique, mais sous un aspect épuré et plus austère, surtout à l'intérieur.

Il faisait particulièrement chaud ce jour-là, on a donc fait une longue pause près d'une petite rivière tout près de l'épicentre. Une rivière presque irréelle de tranquillité à côté des souvenirs de l'horreur.
Pour continuer la journée sur une note un peu plus légère, nous sommes allés rejoindre d'autres amis pour manger des "chanpon ramen", un plat originaire de Chine. Il s'agit d'un bouillon de nouilles servi avec des légumes et du porc frits. Délicieux, et encore une fois consistant !

Pour finir la journée tranquillement, un petit karaoke, suivi de purikura, était idéal.
Et pour mon dernier jour à Nagasaki, une petite virée par l'Université des Langues Etrangères, où étudient la plupart de mes amis d'ici. J'en ai revu certains, assisté à un cours de français d'un prof que je connais, et mangé au resto U comme tout le monde, et c'était bien bon. Et puis est venu l'heure de partir pour la gare, pour partir vers Kumamoto. J'ai eu droit à la traversée de Nagasaki en scooter car deux de mes amis m'ont accompagnée jusqu'à la gare, et c'était génial *-*

Je garderai un excellent souvenir de cette ville, qui a été à la hauteur de mes espérances en matière de découvertes. J'espère pouvoir y retourner un jour !

Prochain épisode : Kumamoto et Fukuoka.



lundi 12 septembre 2011

Une autre étape s'annonce !

Voilà. Après avoir dévoué récemment le plus clair de mon temps à mon copain qui n'est resté qu'à peine un mois et demi en France avec moi, j'ai dû le laisser partir à l'aéroport de Roissy ce matin. Il arrivera au Japon au petit matin heure française. J'étais étrangement sereine hier, sans aucune appréhension, et ce matin, la carapace s'est une fois de plus fissurée dès l'arrivée dans la gare RER de l'aéroport. Comme si on avait sournoisement appuyé sur un bouton déclencheur quelque part sur moi, ouvrant les vannes et laissant s'échapper des larmes traîtresses. Je me suis reprise un peu, puis ça a recommencé lorsque mon chéri allait bientôt embarquer.
Rationnellement, je sais déjà que ces pleurs ne servent à rien. Je sais qu'on va se retrouver dans trois mois au mieux, au pire trois de plus. Je sais que ce n'est que temporaire, et qu'on a déjà réfléchi à beaucoup de choses ensemble et que c'était une séparation nécessaire. Je suis plutôt confiante.
Mais voilà, il semble que je sois programmée pour détester toute forme de séparation avec lui dans un aéroport, une gare, ou autre. C'est la tristesse du moment, mais elle est brusque.

J'ai pourtant pu quitter l'aéroport calmée. J'ai retrouvé la grisaille parisienne entrecoupée d'éclaircies en faisant des allers et retours sur les ponts de la Seine. J'ai pu constater véritablement que Paris, avec son fleuve, ses palais grandioses, ses fioritures et ses statues à tous les coins de rues, était beau. Plus beau que Tokyo, assurément. Tokyo qui paraît si froid même sous le doux soleil du printemps, à cause de ses buildings immenses sans âme, quoique impressionnants. Mais Paris est si sale, et inspire si peu confiance. Les monuments ne rattrapent pas les déchets ça et là dans la rue, ni le sentiment qu'on risque de se faire voler son sac dans le métro. On n'a tellement pas cette crainte dans la capitale nippone...
C'est écrit partout, bien des expat' l'ont déjà dit, mais je me suis réellement fait la remarque aujourd'hui.

Quelques photos sur mon chemin, un train en milieu d'après-midi, et je suis de retour chez moi, tandis que la pluie se remet à tomber sur ma fenêtre. Je me sens un peu vide, cependant. Le manque est encore tout récent. Ca doit être une étape obligée dans une relation à distance... laissons passer la nuit.
Je n'ai plus qu'à attendre la prochaine fois. Et j'ai de quoi m'occuper avec tout ce que je dois mettre à jour sur ce blog. C'est pour très bientôt, donc.

vendredi 12 août 2011

Patience, patience...

A l'évidence, je n'arriverai à poster aucun billet ni aucune photo ce mois-ci...
Je profite au maximum de la présence en France de mon chéri, qui retourne au Japon début septembre, et je suis retournée dès cette semaine (ce qui n'était pas prévu si tôt cette année) à mon petit boulot de cueillette des poires, ce qui accapare bien sûr tout mon temps.

Donc tout ce qui manque, et il en manque, ce sera pour septembre. J'ai envie de poster tout ça de toute façon, donc il faudra juste attendre encore un peu !

Pendant ce temps, j'économise, et je fais un petit break en Espagne avant de revenir conter mes aventures japonaises !!

A très vite !